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Haïti-Canada-Mode : Ralph Leroy, la passion de la création (1re partie) - Par : Nancy Roc, dans Alterpresse du 15 octobre 2009

lundi 19 octobre 2009 par William Toussaint

Designer polyvalent et créateur de bijoux, l’Haïtien Ralph Leroy a séduit le milieu très hermétique de la mode à Montréal en mars 2009 avec sa première collection pour hommes automne-hiver 2010. Sa vision rime avec originalité et excellence. Inspiré par la mode de la rue, il a pourtant opté pour l’élégance : « En m’inspirant de la mode anglaise, j’ai voulu créer des vêtements pour l’homme gentleman, élégant, celui qui veut plaire, qui veut séduire, qui n’a pas peur des couleurs et qui se sent homme ! », déclare-t-il. Sa première collection, présentée dans le cadre de la Semaine de la mode de Montréal dans la salle du chic Marché Bonsecours, a été saluée autant par les spécialistes du milieu que par la grande presse québécoise. Retour sur le parcours étonnant et interview exclusive du designer de mode, Ralph Leroy, à l’occasion de la 17e édition de la Semaine de la mode, qui se tient du 13 au 15 octobre 2009 à Montréal.


En faisant salle comble, du 3 au 5 mars 2009, à l’occasion de la Semaine de la mode à Montréal, la présentation de la première collection pour hommes automne-hiver 2010 de Ralph Leroy a surpris tant par son style contemporain, ses couleurs que par son panache et son audace. Le magazine web Soundbeatmag.com l’a immédiatement classé parmi « les grands noms de la mode en primeur canadienne » [1] alors que Clin d’œil, le premier magazine de la mode au Québec, lui a dédié une page élogieuse titrée, « Une première remarquée pour Ralph Leroy » [2] : « Les hommes peuvent maintenant compter un nouveau designer pour les mettre en valeur.


Ralph Leroy s’adresse en effet aux jeunes hommes sophistiqués, soucieux de leur apparence et qui apprécient la qualité des vêtements », soulignent les rédacteurs du magazine. Clin d’œil a très bien saisi l’essence de la griffe de ce jeune créateur : « En s’inspirant de la mode de la rue,Ralph Leroy a cerné l’homme contemporain. Le créateur de mode a donc présenté des pièces classiques et indémodables qui donnent une petite touche de romantisme avec ses vestons coupés à l’anglaise. L’homme arbore un look habillé qui démontre un souci du bien paraître. Rien n’est laissé au hasard.

Chaque couture est étudiée pour être tantôt visible, tantôt camouflée. Avec ce look étudié, les accessoires sont indispensables. Le designer prend un malin plaisir à combiner ses chemises et débardeurs avec des chapeaux à saveur ancienne. Les années où l’homme portait souvent un chapeau reviennent donc à la mode. Même les poches des pantalons, ou des chemises, font figure d’accessoires puisque Ralph Leroy a décidé de les mettre en valeur en les soulignant d’une couleur différente ou en leur donnant une grande taille. De plus, les ceintures en cuir surpiqué de bleu donnent une élégance incontournable à tous les pantalons. Si certains hommes ne veulent pas adopter les bagues proposées par le designer, ils peuvent tout de même se tourner vers les chemises composées de boutons de manchette qui ressemblent étrangement à certains bijoux. Les couleurs choisies par le créateur de mode sont accessibles.
Pour les hommes plus classiques, le designer propose des teintes de chocolat, bleu acier, gris ou noir. Celui qui recherche une visibilité ou une provocation se tournera vers les coloris rouge, jaune citron ou bleu aqua. D’ailleurs, les chemises composées de ces couleurs électrisantes ont épaté l’assistance. »

Et de fait, avec sa première collection de vêtements pour hommes, Ralph Leroy a réussi l’exploit non seulement de faire salle comble mais d’avoir réalisé le défilé de mode le plus couru de Montréal : de grands noms tels que Patrick de Grâce de Dress to Kill Magazine, le champion olympique, Bruny Surin, Helka Witko, directrice du Laboratoire Créatif, le musicien Mario Beaupré, pour ne citer que ceux-là, étaient présents parmi créateurs, les artistes coiffeurs, les maquilleurs, les stylistes, les mannequins, la presse locale et internationale et de nombreux curieux. Connu dans son entourage pour son talent autant que pour sa générosité et sa spontanéité, Ralph a eu du mal à retenir ses larmes à la fin du défilé lorsque la salle lui a offert plusieurs ovations debout.

Aujourd’hui encore, il se dit ému et étonné d’un tel succès : « Je venais d’arriver comme jeune designer sur la scène et je ne m’attendais pas du tout à ce succès. Je ne savais même pas si je serais choisi pour la Semaine de la mode, car c’est tout un processus de sélection. Ne participe pas qui veut à cet événement. On a dû fermer les portes tellement il y avait du monde et avoir Radio Canada qui a couvert l’événement en direct, je n’en revenais pas ! », confie-t-il. En effet, près de 600 designers se présentent chaque année à la sélection de La Semaine de la mode et moins d’une vingtaine sont « élus ». Pourtant, contrairement à d’autres, Ralph reste humble : « Je dois reconnaître que j’ai ressentis un mélange à la fois de satisfaction, de joie et de peur. J’avais une certaine réserve par rapport à la façon dont les gens allaient réagir mais après autant d’efforts et de sacrifices, l’émotion était au rendez-vous. Mais j’ai eu aussi peur. Le revirement des gens était effrayant. Ceux qui ne me connaissaient pas se targuaient désormais d’être mes amis et cela m’a fait peur ; encore aujourd’hui d’ailleurs », nous a-t-il avoué cette semaine lors d’une interview.

Pour arriver à ce succès, Ralph Leroy a bénéficié des conseils d’un autre designer d’origine haïtienne très connu à Paris et au Québec, Helmert Joseph, qu’il considère comme un mentor. « Avec lui, j’ai dû recommencer à la base. Il m’a appris à repasser les vêtements - une tâche qu’il reconnaît détester -, à poser et coudre les boutons, etc. ». Toutefois, Ralph Leroy peut se targuer d’être un autodidacte accompli puisqu’il a été plongé dans l’univers de la mode dès son plus jeune âge, à 11 ans, dans la boutique de sa mère au Cap Haïtien. Il a fait du théâtre, du stylisme, a créé son agence de publicité et de mannequinat à Port-au-Prince avant de devenir lui-même mannequin aux États-Unis et à Montréal. Aujourd’hui, il est designer et créateur de bijoux. (Nous présenterons ces derniers lors de la deuxième partie de cette interview).
De la province à Port-au-Prince

Ralph Leroy est né au Cap-Haïtien, le chef-lieu du Nord d’Haïti, le vendredi 28 février 1975. De son vrai nom Ralph Prophète, il a adopté le patronyme de sa mère, Rose Leroy, « (…) car Prophète pouvait porter à confusion dans le milieu de la mode à Montréal et par rapport à la religion », explique-t-il. Dès l’âge de 11 ans, il passe ses vacances d’été à aider sa mère dans sa boutique de prêt-à-porter. « Je viens d’une famille monoparentale et ma mère souhaitait que je puisse acquérir très jeune le sens des responsabilités ». Tout en achevant ses études secondaires au Lycée Martin Luther King, Ralph travaille tous les étés dans la section accessoires de la boutique de sa mère, « et c’est ce qui m’a permis d’aller plus tard à l’université », précise-t-il.
En juillet 1994, il achève sa classe de terminale à Port-au-Prince et découvre la capitale haïtienne. Après une adaptation quelque peu difficile, notamment due à son accent provincial et aux préjugés sociaux de la capitale, il entame des études en gestion et administration à l’université Quisqueya et, deux ans plus tard, étudie en marketing. Parallèlement, il mène de nombreuses activités parascolaires et culturelles. « À peine arrivé à l’université, j’ai mis sur pied une troupe de théâtre, la Compagnie Ralph Prophète (CORP), qui fera des tournées dans toutes les villes de province et la capitale à travers des nouvelles pièces que je créais régulièrement ». Il est très vite remarqué par Nicole Lumarque des Ballets folkloriques d’Haïti et par l’Atelier de théâtre Éclosion de Florence Jean-Louis Dupuis. Il deviendra l’homme à tout faire de ces dames et se fait rapidement la main en matière de jeux de lumière, de théâtre et d’habillement. Il collabore notamment à titre d’acteur professionnel, directeur artistique et metteur en scène, entre autres.

Vu ses facilités en communication publique, il entame le 8 août 1998, une carrière en communication en ouvrant l’agence de communication et de publicité, Indice Communications. Parallèlement il suit des cours intensifs en marketing à l’Université Quisqueya et aux États-Unis. « La Promobank m’a proposé mon premier contrat et cela a été le départ d’une nouvelle carrière pour moi. J’ai travaillé pour des clients tels que les Huileries Haïtiennes, les produits de beautés Soft and Beautiful, des ONG UNICEF et Plan Haïti pour lesquels j’ai mené des campagnes de lutte contre le SIDA et pour les droits de l’enfant. J’ai également collaboré au niveau artistique avec Les Productions Yole Dérose, Miss Soft and Beautiful, Émeline Michel, Ansy Dérose et le nageur cubain Manuel Vasquez », déclare Ralph Leroy.

Ralph Leroy recevant son prix en or Le 5 mai 2003, il reçoit sa première récompense : un prix d’excellence en or, The Century International Gold Quality Era Award, qui lui est attribué à Genève (Suisse), pour le service à la clientèle et le travail de communication de sa compagnie. Encouragé par ce prix, il développe d’autres ambitions en entreprenariat et fonde, en mars 2001, son agence Indice Face’s offrant des services de mannequinat et d’hôtesses. En novembre 2003, il commercialise des recettes de boissons alcoolisées faites maison, sous le label Clairin St Jean. « Mes entreprises ont permis de créer du travail pour plus de 200 personnes », ajoute-t-il. Dans un pays où le chômage est chronique, c’est un exploit pour un jeune.

Mais la violence qui règne sous le régime de Jean-Bertrand Aristide interrompt brutalement- mais temporairement- ses rêves. Le 27 septembre 2000, le nouvel édifice de son agence est pillé et tout son investissement disparaît. Un an plus tard, en septembre 2000, un événement change le cours de sa vie : « Un mercredi, à sept heures du matin - je me préparais à aller travailler- quand, tout à coup, j’aperçois par la fenêtre deux douzaines d’hommes vêtus et cagoulés tout de noir. Ils étaient armés. Ils sont rentrés, m’ont menotté et battu en me demandant : « Où est ton argent ? » J’ai répondu que je n’en avais pas à la maison. Furieux, ils ont pillé et saccagé ma maison », raconte-t-il avec de l’émotion toujours décelable dans la voix. Mais, heureusement, il échappe à la mort. « Un mois plus tard, soit en octobre 2001, pour une raison que j’ignore, en rentrant chez moi je remarque des hommes dans une voiture suspecte qui, après mon passage, tirent des coup de feu en ma direction. Pris de panique, j’ai emménagé le lendemain à l’hôtel Ibo Lélé où je suis resté pendant deux mois. » En février 2004, il quitte le pays pour Miami avant de débarquer à New York en juin 2004.

À la conquête de l’Amérique du Nord

Durant son court séjour aux États-Unis, il travaille dans la mode et est mannequin pour plusieurs agences. Mais Miami autant que New York, ne lui conviennent pas car il cherche d’abord à s’épanouir dans un milieu francophone. En octobre 2005, il arrive au Canada où le Centre d’immigration d’Edmundston lui octroie un visa canadien, après l’exposé de ses déboires précités.
Depuis, de mannequin à styliste, d’acteur à designer, Ralph Leroy ne cesse de nous surprendre et de nous impressionner par son talent intarissable et fertile. Il dépasse, voire transgresse, les limites de l’imagination pour créer des vêtements ou des bijoux qui sont uniques à tous points de vue. Aujourd’hui, il a créé sa propre ligne de prêt-à-porter pour hommes sous le label Ralph Leroy et sa collection de bijoux pour hommes et pour femmes, à travers le label KOFI Collection. Véritable artisan de la beauté, il combine la rigueur de la coupe et sa vision contemporaine de la mode dans un heureux assortiment de couleurs qui se marient dans une ambiance festive. Le style de Ralph Leroy est chic, urbain et contemporain. « Vestes et vestons coupés à l’anglaise, débardeurs et chemises sont déclinés dans des teintes sobres comme le chocolat, le bleu acier, le gris et le noir, mais aussi dans des coloris vitaminés, tels que le rouge, le jaune citron et l’aqua. » [3] Pas étonnant qu’avec une telle variété et originalité, le prestigieux magazine Elle Québec ait prédit que « (…) l’automne de Ralph Leroy ne sera ni triste, ni pluvieux. Le nouveau venu sur la scène montréalaise propose une joyeuse collection pour hommes, où les blancs cassants, corails (sic) vibrants et jaunes clairs ravivent les tons neutres. » [4] Pourtant, les embûches ont été nombreuses sur son chemin. D’abord, même les érudits reconnaissent que Montréal n’est pas une ville où il existe vraiment un milieu de la mode voire de la haute couture. D’autre part, en tant que Noir, cela a été encore plus difficile de s’imposer : « 

Même s’il n’y a pas vraiment de racisme à Montréal, je viens d’un pays qui a beaucoup de culture pour m’intégrer dans une ville qui a sa propre culture. Donc, c’était difficile de créer ma petite place. De plus en tant que jeune, cela ne m’a pas facilité notamment auprès des investisseurs ; je me rappelle encore du regard des gens qui, au début, me dévisageaient de haut en bas. J’ai donc beaucoup de facteurs qui jouent contre moi mais cela ne me fait pas peur. »
Le dimanche 18 octobre 2009, Ralph Leroy sera honoré par Lipstick, un mouvement de Montréal créé pour fusionner musique et art visuel. D’autre part, le site de mode américain, Piqueonline.com, basé dans la ville de Kansas lui dédiera un numéro spécial pour son édition d’octobre/novembre 2009. L’Amérique frappe donc déjà à sa porte et l’on peut parier que son talent traversera certainement d’autres frontières.
Malgré son succès grandissant, Ralph Leroy regrette le manque d’attention qui lui est accordé par ses compatriotes haïtiens : « Pour moi, c’est désolant car je me suis toujours donné pour mon pays. Beaucoup de gens en Haïti me connaissaient déjà comme avant-gardiste et j’ai toujours voulu me démarquer. Je ne comprends donc pas qu’aujourd’hui que j’ai du succès un peu partout, notamment en Europe où un documentaire est en train de se faire sur moi, à Moon TV, et aux États-Unis, vous soyez la première journaliste Haïtienne à m’avoir interviewé. Sur les milliers de fans que je compte sur ma page Facebook, il n’y a qu’une centaine d’Haïtiens. Je trouve que c’est grave car mon premier support psychologique devrait venir de mon pays. » Malgré tout, il caresse l’idée de créer une fondation humanitaire en faveur d’Haïti. Ralph Leroy a d’ailleurs le cœur sur la main. Il a déjà soutenu plusieurs organismes d’œuvres sociales tels que l’UNICEF, le Rotary Club, Plan Haïti et dernièrement le nouveau Club Lions Montréal Communautaide qui sera officiellement lancé en novembre. Il s’est aussi dévoué à plusieurs grandes causes dont la recherche sur le SIDA,

Ralph Leroy en modèle pour le Darfour l’éradication du cancer, l’alphabétisation, l’assistance aux démunis, etc. Ralph Leroy reconnaît avoir de l’ambition mais il en définit les contours : « Le fait d’avoir de l’ambition me pousse à relever les défis. L’ambition pour moi, c’est d’avoir un rêve qui doit se concrétiser et, pour moi, c’est un défi à réaliser. »
Gageons que Ralph Leroy deviendra un grand ambassadeur d’Haïti à travers le monde et qu’il saura porter notre drapeau très haut avec une vision exemplaire, une générosité, un talent unique et une humilité qui atteste de toutes ses qualités humaines.

Montréal, le 13 octobre 2009

N.B : Dans un prochain article nous vous présenterons Ralph Leroy, le créateur de bijoux. En attendant, visitez ses sites web :

www.ralphleroy.com, http://www.kofistore.com et http://www.koficouture.com/

[1] Soundbeatmag.com, La Semaine de mode Montréal, _ http://www.soundbeatmag.com/culture...

[2] Clin d’Œil, « Une première remarquée pour Ralph Leroy », 19 mars 2009. _http://www.clindoeil.ca/mode/articl...

[3] Jessica Dosty, Ralph Leroy : Habiller les gentlemen, Journal Le Métro, 26 février 2009.

[4] Elle Québec, vidéos des défilés : http://www.ellequebec.com/video/ral...








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